Naissance de la campagne climatique du WWF : « La vitesse tue »

Le WWF – World Wide Fund for Nature, l’une des plus anciennes ONG de protection de l’environnement m’a ouvert ses portes. J’ai 20 ans, je suis étudiante en journalisme, à l’automne de l’an 2000. En novembre, a eu lieu la conférence de La Haye, à la suite du protocole de Kyoto. C’est alors une étape cruciale dans la concrétisation de « la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques ». 180 pays se sont réunis dans le but d’accélérer le processus de limitation des gaz à effet de serre… L’événement s’est soldé par un échec.

 Portrait d’une engagée

 C’est dans une petite impasse de bureaux du 20e arrondissement de Paris que se situe le siège du WWF, Fonds Mondial pour la Nature [à l’époque, en 2000]. Marina Faetanini, Responsable de la campagne changement climatique, a répondu longuement à mes questions. Ce tout nouveau service a été créé à son arrivée, il y a deux mois. Rencontre.

Chaleureuse et dynamique, cette nouvelle recrue véhicule parfaitement le message de l’association : préserver la Terre et la considérer dans un ensemble dont tout organisme vivant – humain, animal et végétal – fait partie.  « Perdre un animal, c’est détruire une partie de nous-même : toucher à un maillon de la chaîne alimentaire, c’est entraîner des répercussions sur l’équilibre du reste de la chaîne. » Le rôle de Marina Faetanini est de faire une place au WWF sur le dossier climatique : évaluer le positionnement de la France sur cette question, étudier le niveau de perte de biodiversité, faire état de la pollution et de ses effets sur la santé, peser les enjeux énergétiques et les avancées techniques… Au sein de l’ONG, le sujet du climat devra trouver sa place par rapport aux autres bureaux; il faudra juger s’il y a besoin d’agrandir ce nouveau service.

« On n’imagine pas une Terre peuplée de scorpions »

La campagne climatique du WWF axe le problème sur un point : « la vitesse tue ». En effet, c’est l’accélération trop rapide des dérèglements climatiques qui menace la diversité biologique. « Une plante peut se déplacer d’un kilomètre par an. Les animaux ont un rythme saisonnier. Ces changements qui leur demandent de bouleverser leurs habitudes touchent à leur instinct. L’exemple du caribou est frappant : chaque année, leur trajectoire de migration est la même. Désormais, le printemps arrive trop tôt et ils périssent en marchant sur la banquise qui cède sous leurs poids. Il en est de même pour l’ours polaire qui n’arrive pas à retrouver son chemin. Les exemples sont nombreux… L’animal qui s’adapte le mieux est le scorpion qui supporte une température entre –20 et +50°C. On n’imagine pas une Terre peuplée de scorpions… » Les espèces animales et leurs habitats naturels n’ont donc pas le temps de s’adapter au nouveau climat, explique Marina Faetanini.

« La Haye a été un échec »

 Cette humaniste se trouve plongée dans le monde de l’environnement, un peu par hasard et « par chance », dit-elle. Spécialisée dans les droits de l’Homme, elle a travaillé trois ans au Conseil de l’Europe, à Strasbourg puis à l’ONU, aux Etats-Unis pendant quatre ans. Cette femme de tête connaît bien le milieu des grandes négociations internationales. Sur la conférence de La Haye, où elle était présente, son opinion est bien arrêtée : « La Haye a été un échec parce-qu’on a bien voulu qu’elle soit un échec. L’Union européenne a bien fait de dire non aux Etats-Unis. Tout le monde s’est attaché à la ratification américaine, mais s’ils ne sont pas prêts, il faut les laisser de côté. Laissons l’Europe aller de l’avant, plutôt que de la voir reculer parce-que les Américains ne montent pas sur le bateau. »

« Il y a un très beau monde à créer »

Malgré son expérience, cette infatigable estime manquer de terrain et a plusieurs idées pour compléter son apprentissage sur le sujet du climat : assister à des simulations chez Météo France, ou modéliser le stockage du carbone par une forêt. En attendant, Marina Faetanini a d’autres projets pour lancer sa campagne climatique. Monter un grand événement lui tient particulièrement tient à cœur : « C’est indispensable pour la communication grand public. La présence d’une star et la couverture d’une chaîne de télévision aideraient énormément ! ». Les idées ne lui manquent pas : lancer un concours auprès des jeunes dans les lycées et les écoles pour imaginer des solutions, créer une mallette pédagogique et des jeux de société.

« Il est difficile de « vendre l’idée climat », car on est confronté à d’énormes enjeux économiques, à un égoïsme de fond et à des œillères qui empêchent de voir à long terme. Le problème pour la plupart des personnes, c’est qu’on touche à notre système de vie : notre manière de produire, de consommer, de manger, de travailler…  ». Pour Marina Faetanini, la question est de savoir ce que l’Homme veut pour demain : continuer à polluer et à détériorer la planète, ou changer de voie avec les moyens disponibles ? « Il y a un très beau monde à créer. C’est faisable et j’espère que j’en verrai le début ».